"Dans son essai de 2005 qui s’intitule L’empire de la honte, Jean Ziegler tire un bilan international qui met en évidence l’éclipse de la raison – comme l’écrivait et le suggérait Horkheimer –, c’est-à-dire la perdition et la négation de la raison comme raison même du monde et de tous ses systèmes. Si la raison doit être la faculté de bien juger, c’est un monde inversé qui se présente à nous et qui puise précisément toute sa logique et toute sa puissance dans l’absence de raison ou dans la négation même de la raison. Or nous en sommes les complices ; et de là nous en sommes aussi responsables.
Jean Ziegler écrit : « De la connaissance naît le combat, du combat la liberté et les conditions matérielles de la recherche du bonheur. La destruction de l’ordre cannibale du monde est l’affaire des peuples » .
Tout comme lui je crois à la valeur emblématique, inestimable, par-delà l’Espace et le Temps, de la Révolution Française, de son rayonnement nécessaire et de l’Espoir qu’elle représente pour tous les Peuples opprimés.
J’aime aussi beaucoup cette idée d’un « ordre cannibale du monde » tel qu’il se déploie de nos jours. Non qu’il soit bien nouveau que l’homme soit un loup pour l’homme, mais qu’il utilise ouvertement désormais, les fondements même de la raison, son instrumentalisation au service de sa propre force. Autant dire que le Faust de Goethe peut se laver les mains ; ou plus exactement, son Méphistophélès : « Méprise bien la raison et la science, arme suprême de l’humanité. Laisse-toi désarmer par les illusions et les prestiges de l'esprit malin, et tu es à moi sans restriction ! » .
Dans cette œuvre de Goethe qui est une allégorie autour de l’obscurcissement de l’Esprit, nous pouvons mesurer combien ne pas céder son âme, quand bien même Dieu finalement pardonne à Faust, procure son salut, protège de sa déchéance, et nous honore dans notre propre humanité. Heinrich Faust y incarne un érudit qui s’engage à livrer son âme à Méphistophélès, une incarnation du diable, en échange de jouissances toujours renouvelées jusqu’à ce qu’il en soit totalement satisfait. C’est à chacun, à chaque instant, de mesurer, d’évaluer le prix de son âme et de sa conscience ; or elles sont en réalité de l’ordre de l’inestimable. Notre humanité en dépend. Relire Dostoïevski ou bien le découvrir, est dans ce monde comme une urgence.
Dans sa conclusion à des Entretiens sur la fin des temps , Umberto Eco anticipe l’idée de certains phénomènes à venir « que la seule logique du hasard pourrait produire dans les siècles prochains » : à savoir selon lui, la fin de l’Europe des États nationaux, la fin de l’Europe blanche au profit d’une Europe « colorée » et de religions « colorées », la fin de l’expérience de la fraternité face à la croissance de la population du globe par la limitation des naissances à un enfant unique, la fin de la démocratie représentative, et la fin de l’éthique, la disparition de l’effort que réclame toute doctrine morale, au bénéfice de la normalité de chacun dans l’univers médiatique ; « Ainsi » écrit-il, « le succès éthique (le Bien) n’aura bientôt plus de lien avec la quête de la vertu, mais avec le combat pour la visibilité » …
Jean Ziegler écrit : « De la connaissance naît le combat, du combat la liberté et les conditions matérielles de la recherche du bonheur. La destruction de l’ordre cannibale du monde est l’affaire des peuples » .
Tout comme lui je crois à la valeur emblématique, inestimable, par-delà l’Espace et le Temps, de la Révolution Française, de son rayonnement nécessaire et de l’Espoir qu’elle représente pour tous les Peuples opprimés.
J’aime aussi beaucoup cette idée d’un « ordre cannibale du monde » tel qu’il se déploie de nos jours. Non qu’il soit bien nouveau que l’homme soit un loup pour l’homme, mais qu’il utilise ouvertement désormais, les fondements même de la raison, son instrumentalisation au service de sa propre force. Autant dire que le Faust de Goethe peut se laver les mains ; ou plus exactement, son Méphistophélès : « Méprise bien la raison et la science, arme suprême de l’humanité. Laisse-toi désarmer par les illusions et les prestiges de l'esprit malin, et tu es à moi sans restriction ! » .
Dans cette œuvre de Goethe qui est une allégorie autour de l’obscurcissement de l’Esprit, nous pouvons mesurer combien ne pas céder son âme, quand bien même Dieu finalement pardonne à Faust, procure son salut, protège de sa déchéance, et nous honore dans notre propre humanité. Heinrich Faust y incarne un érudit qui s’engage à livrer son âme à Méphistophélès, une incarnation du diable, en échange de jouissances toujours renouvelées jusqu’à ce qu’il en soit totalement satisfait. C’est à chacun, à chaque instant, de mesurer, d’évaluer le prix de son âme et de sa conscience ; or elles sont en réalité de l’ordre de l’inestimable. Notre humanité en dépend. Relire Dostoïevski ou bien le découvrir, est dans ce monde comme une urgence.
Dans sa conclusion à des Entretiens sur la fin des temps , Umberto Eco anticipe l’idée de certains phénomènes à venir « que la seule logique du hasard pourrait produire dans les siècles prochains » : à savoir selon lui, la fin de l’Europe des États nationaux, la fin de l’Europe blanche au profit d’une Europe « colorée » et de religions « colorées », la fin de l’expérience de la fraternité face à la croissance de la population du globe par la limitation des naissances à un enfant unique, la fin de la démocratie représentative, et la fin de l’éthique, la disparition de l’effort que réclame toute doctrine morale, au bénéfice de la normalité de chacun dans l’univers médiatique ; « Ainsi » écrit-il, « le succès éthique (le Bien) n’aura bientôt plus de lien avec la quête de la vertu, mais avec le combat pour la visibilité » …
Par bonheur nous ne croyons point que la logique puisse toujours guider l’Histoire – la logique n’en étant rien qu’une partie–, ni le hasard, les mœurs , mais sans doute y a-t-il du vrai dans ses intuitions prophétiques… Pourtant j’imagine l’Humanité capable de se dépasser et de se transcender, précisément à cause du dégoût que peut aussi lui inspirer « l’ordre cannibale du monde » tel que le relate Jean Ziegler.
En ce qui concerne Umberto Eco, est-elle si déplorable la fin de l’Europe blanche ? C’est heureux que le métissage et le multiculturalisme puissent enfin devenir tout juste ce qu’ils sont : l’unique réalité du monde ; l’unique réalité d’un monde, international et cosmopolite. Le problème est bien plus sans doute, celui de l’acculturation, ou de la déculturation, celui de la dégradation de la culture ou celui de la permanence de traditions qui de nos jours ne devraient plus avoir de raisons d’être, que de la coexistences des cultures entre elles ou que de la fondation d’une véritable culture, ou d’une véritable civilisation, qui soit commune à tous.
La fin de la démocratie représentative ? Tous ces siècles passés de luttes pour acquérir des droits auxquels nous consentirions à renoncer ? La fin de la fraternité ? La fin de toute éthique ? Puisse-t-il se tromper ! Tant qu’il y aura des familles unies et soudées, des amis et des amitiés, des personnes que nous aimons, tant qu’il y aura des regroupements, la cohésion de groupes et de communautés, d’associations d’individus solidaires les uns des autres, j’ai des difficultés à concevoir que ne puisse se réaliser une quelconque expérience de la fraternité.
Tant qu’il y aura dans l’individu, le souci de son propre perfectionnement, l’éthique demeurera et à travers elle la Vertu au sens éthymologique de Force. Pas plus que je ne puis imaginer de vivre dans un univers totalement amoral ou immoral ... Que certains d’entre nous le soient, ou que la société tende à le devenir et de là tende à nous y obliger, je ne puis le contester, mais comment le monde pourrait-il être viable au sens de notre humanité, si ce n’est pas le Bien qui guide toutes nos actions ?
Non que le présent me rassure, mais dans une certaine mesure, c’est précisément ma confiance en l’Humanité au gré des siècles précédents qui me laisse espérer que nous pouvons encore, que nous pourrons toujours avoir des raisons d’espérer en l’Humanité, et que l’Humanité, de générations en générations, veut ou essaie de progresser vers le Meilleur.
C’est certainement de l’idéalisme, mais sans idéalisme, et même sans utopies, le monde de nos jours est-il un monde viable ou au moins supportable ? Je préfère, et de loin, mon propre idéalisme même décalé, cette irrésistible tendance en moi qui vise à magnifier l’humain, à l’incrédulité et au relativisme, au nihilisme ambiant ; à la démoralisation et au cynisme. Ce n’est pas l’inhumain qui en tant que tel m’intéresse, je n’ai pas la moindre fascination pour le sordide et le cruel, rien qu’un innommable dégoût, une révulsion authentique envers tout ce que notre monde ou même l’esprit humain peut contenir de pourritures et d’immondices, de perversités et d’atrocités ou d’horreurs.
« Ah ! Dégoût ! Dégoût ! Dégoût ! » ressasse le Zarathoustra de Nietzsche. Pour rien au monde je ne voudrais de son ressentiment . S’écarter de la sphère de ce qui nous répugne est un soulagement. Rien ne peut entacher l’esprit lorsqu’il se dirige vers la droiture sinon son propre relâchement et la faiblesse de ses compromissions.
De l’Âme et autres considérations ? L’Âme en elle-même n’a ni souillure ni difformité, sa lumière céleste est sans condition sinon dans notre corps terrestre, et Dieu n’est jamais responsable des actions que les hommes ont commis ou commettent en son nom. Dieu est lavé de tout soupçon. Nous seuls ici sommes responsables. Toute l’étendue de la fange ou de l’obscurité qui nous recouvre, n’affecte en rien son omniscience et sa félicité. Prenons soin de nous en nous-mêmes, et de l’âme en particulier. Dieu qui n’est qu’Amour saura nous élever en temps voulu si nous en sommes dignes. Prenons soin de qui nous aimons.
Je suppose que de tous temps il y a eu des êtres plus sensibles que d’autres à l’expression spirituelle de notre humanité, mais aujourd’hui peut-être plus que jamais, chacun peut décider de se réfugier en lui-même pour y parcourir son propre voyage et ne plus rechercher d’abord à l’extérieur, ou exclusivement à l’extérieur, les conditions de son propre bonheur. C’est un bonheur moins collectif peut-être, mais qui n’est pas incompatible, loin de là, avec le bien-être de tous. Bien au contraire, sans doute que le bonheur de tous repose précisément sur la faculté d’être et la qualité de vie autant que d’expression de chacun; sur la capacité et sur la liberté que nous pouvons avoir d’être pleinement nous-mêmes et surtout heureux en nous-mêmes. Car sans doute faut-il savoir d’abord se rendre heureux avec soi-même pour pouvoir l’être pleinement avec les autres. Je l’ai su par Rousseau dès ma onzième année : « Le bonheur est en nous et il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment malheureux celui qui sait vouloir être heureux » .
Ce n’est qu’une question d’Intériorité. D’intériorité en particulier, qui se met à l’épreuve dans le monde extérieur. D’intériorité qui affronte la Réalité. Ceci dit le bonheur, est encore plus puissant quand nous le partageons ensemble et lorsque nous avons de bonnes ou d’excellentes relations les uns avec les autres. La recherche du bonheur commun devenant un impératif, il ne tient qu’à nous de le rechercher et de le rendre possible.
C’est le respect et la concorde, la connaissance, la compréhension et la reconnaissance des uns et des autres qui sont au fondement et à la base de l’harmonie et de l’équilibre de toute société dite réellement « humaine ». Sans un effort de tous, sans une résistance forcenée à l’esprit de ce temps très souvent absurde et profondément nihiliste qui rend l’utopie nécessaire, la poésie, le rêve et l’art, certainement obligatoires, en ces temps de folie, où la sagesse et la raison sont bien plus susceptibles de rendre fous que la perversité et la bassesse, il faut demeurer au plus près de qui nous sommes et plus que jamais espérer le meilleur dont nous sommes capables.
C’est le premier jour de ma vie. C’est ce que je me dis tous les matins. C’est ce que je me dis tous les matins afin de mieux pouvoir envisager mon existence, utiliser et orienter au mieux ma liberté, utiliser au mieux mon temps infiniment précieux, inestimable. Comprendre pourquoi les matins sont toujours pour moi, quelque part, un recommencement perpétuel ? Le souci de mon âme reste fondamental ; en tous points essentiel. Nietzsche peut bien ici et là incarner notre époque du point de vue du nihilisme, et Freud peut bien autant qu’il veut méditer sur nos illusions sans apporter de solutions, il ne se passe pas un jour sans que je ne pose mes yeux sur un morceau de ciel, sur l’espace entre les nuages, sans que je n’espère que tôt ou tard, le Royaume de Dieu ne descende vers nous pour que sa Volonté soit faite. Or quand bien même notre royaume est celui de la Terre, l’âme n’est point aussi inaccessible que nous le voudrions, de même que le plan divin n’est point incompatible avec nos destinées, et nous tous y participons.
De là je vais laisser avec plaisir, et non sans ironie, mon tout dernier mot à Albert Camus, lui qui a tant participé à bâtir mon esprit. Camus pour qui, « l’absurde dépend autant de l’homme que du monde » . Camus pour qui nous bâtissons notre destin.
« Aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n’a pas de fin, il est toujours en marche » … Adolescente, cette phrase a guidé mon esprit, et elle le guidera jusqu’à mon souffle ultime. Que ce soit face à l’Absolu, à l’Omniscience et à l’Immensité, l’Illimité, ces arrières mondes auquel Camus ne croyait pas, ou bien que ce soit face à la Vie simplement réelle, ordinaire, face à la vérité de tous les jours et la Réalité, que ce soit dans la perspective du Ciel ou de la Terre, il y a toujours un degré, supplémentaire et supérieur derrière le degré découvert, un nouveau secret à percer pour une énigme découverte, et de chaque réponse naissent de nouvelles hypothèses et de nouveaux questionnements. La Vie n’est rien que mouvement, changements et métamorphoses, ce quels que soient le point de vue, la perspective, par lesquels nous les regardons et nous les comprenons. La Quête du Diamant, en ce sens-là est infinie. Que savons-nous et que comprenons-nous de ce qui constitue notre Nature la plus fondamentale ?
Est-ce si important au fond, de croire en Dieu, en l’Âme, d’avoir telle ou telle croyance ? Ce qui est essentiel, c’est qui nous sommes, nous et encore plus précisément, cette façon dont nous vivons. La manière dont nous honorons notre destination morale, notre vocation d’Être Humain. Notre humble et pourtant souveraine, humaine participation à l’Humanité.
Dixit Camus et éternellement : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » … Heureux en tant que supérieur à son destin pour autant qu’il le veuille. « Si ce mythe est tragique » écrit Camus, « c’est que son héros est conscient » . Sisyphe était condamné par les dieux de l’Olympe à pousser sans fin un rocher en haut d’une montagne. Et le rocher sans cesse redescendait le flanc de la montagne. C’est une expédition sans fin. Toute notre humanité est comme contenue dans cette allégorie. Si ce n’est que l’Être pour Camus, doit être infiniment persuadé de « l’origine tout humaine de tout ce qui est humain » .
Cela peut paraître paradoxal et pourtant est-ce incompatible ? Des siècles pour s’émanciper de toute tutelle divine et de toute expression de droit divin afin de pouvoir redonner à l’Être Humain toute l’excellence de sa liberté ? La véritable Liberté est à considérer dans la perspective de la Responsabilité et de la Conscience. Si Dieu existe, ou bien si nous croyons en lui, notre Liberté est alors d’autant plus à envisager dans la perspective du Bien. En quoi serait-ce incompatible ?
Chacun est libre et infiniment libre, de croire en tout ce qui lui plaît, si ce n’est pas nuisible à l’humanité tout autour de lui, mais seule la fraternité, la solidarité, que nous pouvons avoir les uns envers les autres, nous rendent dignes de Dieu, dignes de notre Humanité.
« La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux » ...
Paris, ce lundi 14 Décembre de l’année 2009.
Le Monde nous appartient et le destin est Nôtre, nous devons en être certains ; nous devons en être Conscients et n’attendre que de nous-mêmes. Et quand bien même sans doute, en vertu de mes convictions, je crois ou bien je sais, ou encore je crois que je sais car je n’en doute point, que le Destin envers et contre tout et tous, guide nos pas, nous accompagne et nous soutient, et plus encore peut-être, si nous avons la capacité, le courage, la volonté, la force, de demeurer intègres et volontaires, en toutes circonstances ou bien le plus longtemps possible, quelles que soient les péripéties et les épreuves traversées.
Ayons confiance en nous, en notre Humanité et en toute l’Humanité, et ce quand bien même le Monde, souvent nous désespère. Ce modèle qu’est l’Univers, ce grand prototype de Beauté et de Perfection, nous n’en sommes rien qu’un rouage. Chacun est unique en son genre et chacun a son importance, sa place particulière, son rôle à jouer. L’Âme en Nous ne veut vivre, espérer, que pour connaître le Meilleur.
Paris, ce dimanche 14 Mars de 2010. "
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